Histoire du tarot
D'un jeu de cartes à un langage symbolique
Le tarot n'a pas commencé comme un outil de divination. Son histoire est faite de glissements successifs — un jeu, puis un support de sens, puis une pratique — sur près de six siècles.
Un jeu de cour italien (XVe siècle)
Le tarot apparaît en Italie du Nord au XVe siècle, dans les cours de Milan et de Ferrare. Il s'appelle alors tarocchi et n'est rien d'autre qu'un jeu de cartes, proche des jeux de cartes classiques mais enrichi d'une série de 22 cartes supplémentaires, les trionfi (« triomphes »), qui deviendront plus tard les arcanes majeurs. Le jeu Visconti-Sforza, peint à la main pour la famille régnante de Milan, est l'un des plus anciens exemplaires conservés. Rien, à cette époque, ne relie le tarot à la divination : c'est un jeu de plis, comparable au bridge, réservé à l'aristocratie.
Le glissement vers la divination (XVIIIe siècle)
Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle, en France, pour que le tarot change de statut. En 1781, l'érudit protestant Antoine Court de Gébelin publie un texte affirmant que le tarot serait un vestige du savoir sacré de l'Égypte ancienne, transmis à travers les âges. La thèse est sans fondement historique, mais elle a un effet durable : elle installe l'idée que le tarot porterait un sens caché, au-delà du jeu. Peu après, un cartomancien nommé Etteilla (Jean-Baptiste Alliette, son nom inversé) conçoit le premier jeu pensé spécifiquement pour la divination, avec un système de tirage codifié. Le tarot devient, pour la première fois, un outil de lecture plutôt qu'un jeu.
Le tournant ésotérique (XIXe siècle)
Le XIXe siècle consolide cette dimension symbolique. L'occultiste français Éliphas Lévi relie le tarot à la Kabbale et à d'autres systèmes ésotériques, construisant des correspondances entre les arcanes et des lettres, des nombres, des principes. C'est aussi l'époque du Tarot de Marseille, le patron iconographique le plus répandu en France, qui deviendra la référence classique du genre. Ces courants convergent en Angleterre à la toute fin du siècle, au sein de l'Ordre hermétique de la Golden Dawn, une société initiatique où se croisent plusieurs figures qui vont redessiner le tarot moderne.
Le Rider-Waite-Smith (1909)
C'est de la Golden Dawn qu'émerge le jeu le plus influent du XXe siècle. Arthur Edward Waite, membre de l'ordre, en conçoit la structure symbolique et en confie l'illustration à Pamela Colman Smith, artiste elle-même initiée. Publié en 1909 par l'éditeur Rider, ce jeu innove sur un point simple mais décisif : pour la première fois, les 56 arcanes mineurs sont entièrement illustrés par des scènes narratives, et non par de simples symboles répétés (trois coupes, quatre épées...). Cette lisibilité a fait du Rider-Waite-Smith le jeu le plus utilisé et le plus copié au monde — c'est ce jeu, aujourd'hui dans le domaine public, qui illustre les tirages sur Metatron.
Le tarot aujourd'hui
L'usage contemporain du tarot s'est largement déplacé de la prédiction vers la réflexion : un support pour formuler ce qu'on sait déjà confusément, organiser une situation, envisager des angles qu'on n'avait pas pris le temps de considérer. C'est cette lecture que Metatron cherche à prolonger — les cartes n'annoncent rien, elles donnent une forme à ce qui se joue, et à ce qu'on peut en faire.
← Retour à l'accueil